Tu peux être une femme ou une professionnelle… pas les deux !

« Une tenue de banquière, ça fonctionne à tous les coups ! »

Il y a 11 ans, je me lançais en tant qu’autoentrepreneuse. J’avais 20 ans, je manquais de confiance en moi mais pas en mes capacités professionnelles. Oui, je sais… Ecrit de cette façon, cela peut paraître paradoxal (on en rediscutera !). Revenons à nos moutons ! Je commençais donc mon activité en tant que chargée de communication indépendante. Grâce à de belles expériences dans le milieu de la mode parisienne, je rencontrais de nombreux prospects. Malheureusement, il arrivait que certains d’entre eux me fassent part, en plein rendez-vous, de leur volonté de me fréquenter. C’était frustrant et je me sentais « honteuse » comme si j’étais responsable des intentions mal placées de ces personnes. D’ailleurs mon petit copain de l’époque, qui était du genre possessif et à me reprocher les attentions qu’on me portait, m’avait dit que j’étais fautive et que ces hommes m’abordaient à cause de l’image que je donnais. J’étais trop souriante, donc trop accessible. Il m’avait donc conseillé d’endosser un costume de « banquière ». Pour lui, il fallait que j’eusse l’air froide, que j’eusse une tenue professionnelle adéquate qui témoigne de ma rigueur d’esprit et de mon intelligence. Plus de basket, plus de jeans, j’allais à présent porter uniquement des tailleurs et des escarpins, pas trop colorés (cela va de soi).

Pour lui faire plaisir (et parce que j’en avais un peu ras-le-bol), j’ai essayé sa méthode… Sans succès, vous imaginez bien. Je n’étais absolument pas à l’aise dans ce déguisement qui ne me correspondait pas du tout et puis, à sa grande surprise, je recevais encore des demandes déplacées.

« Ne sois pas trop enjouée, ça te donne l’air idiote ! »

Cet événement (parmi tant d’autres) m’a fait beaucoup réfléchir sur la gestion de mon image en tant que professionnelle. En 2015, j’étais persuadée que je devais choisir entre être une femme ou une professionnelle. J’avais l’impression que pour être reconnue en tant que professionnelle, je devais ôter toute forme de féminité en moi. J’entends par-là que je devais cacher autant que possible tous les attraits que la société qualifie comme féminin : certains vêtements, certains comportements comme le sourire tant attendue lorsque l’on est une femme. « Jennifer, si tu veux qu’on te prenne au sérieux, parle avec assurance, ne souris pas, ils risquent de prendre ton sourire pour un appel à la drague ! Et ne sois pas trop enjouée, ça te donne l’air idiote ! ».

Photo by Alberto Bobbera on Unsplash

« Ma crise identitaire, j’allais la vivre pleinement. »

En 2016, ma fille est née, et par la même occasion, j’ai vécu ma nouvelle naissance. Vous souvenez-vous du petit-copain dont je vous parlais au début ? Il était devenu, un peu plus tard, mon mari et à la même période, il décidait de me quitter. Je me retrouvais donc dans une situation difficile que je ne comprenais pas, sans famille, ni la possibilité de travailler ou retourner à Londres, où je résidais quelques semaines avant la naissance de ma fille. Là, je n’avais pas d’autre choix que d’aller à la rencontre de moi-même et de mes rêves enfouis. Ma crise identitaire, j’allais la vivre pleinement. Je suis ressortie de cette période en libérant ma parole sur les viols et les abus que j’ai vécu mais aussi sur les rêves et les ambitions auxquels je croyais encore. C’était maintenant ou jamais que j’allais vivre cette vie. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’abandonner les étiquettes et ma peur de ne pas être « convenable » aux yeux de ceux qui pensent comme mon ex-maris.

Dois-je vraiment choisir ?

Alors oui, je suis une experte de la communication et du marketing. J’adore la réflexion stratégique, la mise en place d’actions mais avant d’être une professionnelle, je suis un être humain. Tous mes élèves vous le diront, s’il y a une chose que je leur répète en formation c’est : « vos clients ne sont ni des numéros, ni des portefeuilles ambulants. Ils sont des humains tout comme vous. »

Alors, doit-on vraiment choisir de porter un costume lorsqu’on est une femme et qu’on exerce un métier où les hommes semblent être rois ? Doit-on nous dénaturer, cacher notre féminité pour ne pas déranger ?

En ce qui me concerne, j’ai décidé de ne pas choisir et d’être simplement humaine. J’adore mon travail, il me permet de m’épanouir au quotidien, de payer les factures, de rencontrer du beau monde mais, à la fin de la journée, je me retrouve seule face au miroir et, là, je veux avoir la conscience tranquille. Revêtir une apparence qui ne correspond pas à ce que nous sommes est, à mon sens, un mensonge. Je souhaite être libre de tout mensonge car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est nous qu’ils blessent en premier.

Je veux donc être femme professionnelle mais surtout et avant tout, un être humain à part entière.

(là c’est moi !) Photo by Rozenn Amevet
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